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III – Les fugues

Aujourd’hui, quand Pierre fait des cauchemars, il rêve toujours de prison. Il est enfermé, il regarde dehors, et dehors, il y a une nature infinie à laquelle il n’a pas droit. Il se réveille, dans la rue passent les boueux. Il est à Paris, il est prisonnier dans un Paris hostile entouré d’une banlieue qu’il ne connaît que trop. Quand pourra-t-il faire sa dernière fugue et s’installer enfin dans le pays idéal ?

Jean épinglait aux murs ses futiles héros. Laure, devant la glace, pressait avec rage ses premiers boutons d’acné. La petite Marilyne, ne pouvant faire ses devoirs, mangeait ses ongles jusqu’au sang. La grand-mère, grognant, leur tournait le dos et préparait le repas.

Pierre venait de recevoir une baffe, mais, pour la première fois, il avait lui aussi levé le bras. Elle ne le frapperait plus. Jamais. Le geste de révolte contre sa grand-mère l’avait vidé de ses forces. Il n’en pouvait plus. Il se sentait fatigué à mourir. Plus de ça. Jamais plus. Ce n’était plus possible. Plus possible… Il prit sa veste, et, sans très bien savoir ce qu’il faisait, s’en alla. Il traversa sa ville, entra dans Paris et, dans une gare, prit le premier train en partance. Il échappa au contrôle et, plus tard, se retrouva à Brest.

Brest était une ville froide, mais elle le faisait accéder à la liberté. Il erra, rêva, respira l’air humide avec exaltation, demanda du travail dans les rues. Puis il ne sut plus que faire et décida de rejoindre l’Afrique en suivant la côte. Aux premiers barbelés, il abandonna son glorieux projet. Il resta trois jours à Brest.

Au Commissariat de Police, il dit son nom, où il habitait, et demanda à retourner chez lui. Les policiers furent gentils. Les yeux du garçon avaient alors perdu leur méchanceté. Le visage du fugueur était doux et très jeune.

La première fugue de Pierre servit aux trois aînés. La grand-mère eut à ce moment-là un éclair de lucidité et elle les laissa sortir.

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♦ Carzon Joëlle ©

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