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Chapitre IV – Portrait de Marc Valloire, critique de cinéma

Marc avait de larges épaules, de beaux cheveux bouclés blonds (un casque que j’admirais de loin à l’étage d’anglais de Nanterre, c’était l’époque où les veinards aux cheveux bouclés voulaient tous ressembler à Angela Davis), un visage régulier et… une voix. Une Voix. Oh, cette voix de basse, la voix des hommes, de l’Homme, une voix qui a disparu aujourd’hui (et depuis déjà au moins trois décennies) ! Cette voix, c’était une promesse, une caresse, le côté flatteur (je n’en pouvais plus alors, je me pâmais) de la fille des A.G.P. qui me disait : « Un homme a téléphoné pour toi, c’était personnel, et il avait « une voix »… » Une voix. La voix de Marc. La voix du cinéma, la voix des prochains week-ends, la voix de l’amitié, la voix de l’Ami. J’avais un ami garçon, moi, la petite Lucile aux cheveux plats, passionnée, mais passionnée avec sa toute, toute petite voix.

J’avais une voix de souriceaude timide qui m’a bien desservie par la suite.

« Viens ! » me disait Marc Valloire. Mais Viens selon Marc cela ne voulait pas dire comme vous pouvez le penser Viens chez moi faire ce que vous pouvez imaginer, « viens » ça voulait dire « viens avec moi au cinéma ».

Marc était un pur esprit, un elfe, il volait au gré des films qui passaient dans Paris, il me disait « viens » et je le suivais d’un cinéma l’autre, nous étions des avions, nous volions d’un quartier à l’autre de Paris, pour un film, pour un cinéaste, pour un acteur, nous étions des avions vivants, pleins d’ardeur et de chaleur. Nous parlions un peu de littérature, je parlais un peu de ma mère, lui de la sienne (rapports violents) et nous parlions de cinéma, de cinéma, et encore de cinéma… Nous avions le cœur battant cinéma. Nous allions au rythme des images de cinéma. Nous nous appréciions, nous nous aimions par et pour le cinéma. Rien d’autre n’existait, nous n’avions pas de mains, de pieds, de genoux, de sexe, nous vivrions, il nous arriverait de vivre et de mourir dans une salle de cinéma.

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♦ Carzon Joëlle ©

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