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Chapitre X – Le Cirque d’Hiver et le vol des oiseaux

J’ai souvent raconté ce jour-là, d’abord pour faire rire, puis pour expliquer les « effets », pour dire à quel point cela avait été agréable. Aujourd’hui cela me paraît si loin…

Je descendais les escaliers de la rue de Saintonge (un très vieil escalier en bois), entourée de Pierre, Alphonse et Jules. Alphonse était le frère de Sonia. Il avait préparé un très bon gâteau au chocolat, recette qu’il me donna ensuite et que j’ai faite toute ma vie : la recette du gâteau, pas ce qu’il y avait dedans. Car Alphonse avait fourré dans le gâteau un ingrédient supplémentaire.

On me le dit, mais comme d’habitude je ne fis pas vraiment attention. « Ah bon ? » C’est ce que je disais toujours, légèrement étonnée mais pas plus que ça. « Ah bon ? », c’est ce que dit sans arrêt mon père aujourd’hui, maintenant qu’il a perdu la mémoire et qu’il ne sait plus où il en est, dans quel lieu, à quel moment, à quelle époque, et pourquoi on est là. Qu’est-ce qu’on fait sur cette terre bizarre ? Mystère !

Qu’est-ce que je faisais, moi Lucile, petite bourgeoise de banlieue nouvellement installée à Paris, avec ces amis-là ? Mystère. Mystère ce qu’on me disait de la politique, de l’écologie, des chanteurs qu’ils aimaient du Rockn’roll, des gâteaux au chocolat fourrés. J’étais sur mon petit nuage, je croyais au progrès et à la gentillesse des gens. Quand mes amis fumaient du shit –c’était là pourtant, cela se passait sous mes yeux – je ne me posais pas de questions. Je ne me demandais pas pourquoi ils faisaient ça.

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♦ Carzon Joëlle ©

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