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Au moment où il entendit la porte se refermer, Loïc ne bougea pas. Ou plutôt il ne bougea plus. Il retenait son souffle. Tomi n’aboyait plus.
Le silence. Quel silence ! Loïc aurait pu au moins s’attendre au bruit familier de la bouteille en cristal de son père et du verre qu’on se verse… Même de sa chambre, il entendait ce bruit-là. Bruit familier, pas toujours annonciateur de choses agréables, mais bruit familier quand même, bruit délicat, bruit familial… Il voulait dire : papa est là, au moins papa est là…

Et puis le téléphone sonna. Petit soupir de Tomi. Le téléphone sonne… Re-petit soupir du chien, re-téléphone… C’est mamie Danger (maman appelle la maman de papa “mamie Danger”). Et le silence.

Le silence, le silence. Comme c’est étrange, on peut même se dire : comme c’est bon ! Un peu de calme, un peu de repos, ça ne va pas durer, bien sûr, mais c’est bon tout de même ! Loïc commençait à respirer mieux, sa petite poitrine se développait étrangement, de façon bénéfique, ah ! qu’il était bon de respirer si fort , tellement à fond, à fond, hourra !

Le téléphone s’arrêta, le téléphone se lassa. En fait, Loïc détestait les téléphones, tous les téléphones du monde, les à fil, les sans fil, les mobiles, les gris, les roses…
Ces téléphones où on l’obligeait à parler, à répondre, à dire du mal de papa. Et puis Loïc n’aimait pas parler ; c’était déjà un taiseux, à son âge. Il n’aimait pas qu’on lui demandât son opinion. Son opinion, il l’avait, elle se faisait, souvent tout de suite, et elle ne regardait que lui. Elle ne regardait pas les adultes. Pourquoi les adultes posent-ils toujours des questions ? De toute façon, ils posent des questions pour obtenir les réponses qui leur plaisent, des réponses à leur image : bavardes.

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♦ Carzon Joëlle ©

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