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Il faisait des châteaux de sable. La plage était pleine, mais il avait son petit coin à lui, tout à lui. Il était concentré et sérieux, tellement sérieux que Yolaine, l’une de ses sœurs, l’appelait « le petit Pape ». On l’appelait d’ailleurs de toutes sortes de noms, mais il s’appelait Théo. Théo était un enfant absorbé. Devant le monde entier, devant les toutes petites choses, il fallait être absorbé. Tout avait un intérêt, petit, grand, immense, plus grand qu’immense. En faisant des châteaux de sable, Théo ne pensait pas qu’au château qui en résulterait, il pensait au Moyen Âge, aux rois, aux chevaliers, mais aussi au petit grain de sable, d’où il venait, où il irait… Chaque château avait son histoire, mais Théo savait que d’autres que lui auraient pu donner au château une autre histoire. Il y avait mille histoires. Le monde était infini.

Reine, la plus jeune de ses sœurs, galopa autour de lui puis s’éloigna tandis que Théo, l’œil apparemment sur son château, pensait à l’infini.

Il ne fallait pas dire aux grands, même à Yolaine la seule à la rigueur qui eût pu le comprendre, qu’il réfléchissait parfois à l’infini. Si on lui posait une question, il disait : « Mon château est fini, je vais en construire un autre car le roi a un frère et il vaut mieux ne pas l’éloigner », ce qui déjà semblait les laisser tous assez perplexes. « Le petit Pape veut garder sa cour près de lui ! » disait Yolaine fine mouche, tandis que leurs parents se regardaient, paraissant se demander d’où ils avaient sorti de tels énergumènes.

Théo savait que maman s’inquiétait à son sujet. Il savait aussi qu’il était inutile d’aggraver son inquiétude, aussi il faisait de gros efforts pour ressembler aux autres petits garçons : il faisait donc des châteaux de sable sur les plages, courait après des ballons avec ses sœurs et ses cousins, faisait des bonds autour des adultes en répétant les mots que prononçait Reine. C’étaient des mots qui n’avaient aucun rapport avec ce qu’il avait alors dans la tête. Il était alors deux : Théo le petit enfant que les adultes désiraient, et Théo « le Pape » qui réfléchissait sur le grain de sable, les marées et les planètes.

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♦ Carzon Joëlle ©

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