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Partie 2

De mon enfance, il me reste des souvenirs, des instants, des odeurs, mais aussi des images précises qui peuvent me permettre de comprendre pourquoi notre génération fonctionne ainsi.

J’ai vécu dans la Drôme, charmant département, abritant, « objectivement », les plus beaux paysages, jonchés d’arbres fruitiers prenant ici toute leur saveur, lorsqu’au printemps, avec pour unique couleur, le reflet des hommes et femmes qui peuplent son cœur. La campagne apprivoisée d’une région jadis convoitée par les forêts sacrées donnant encore mille lieu de jeu pour les enfants. Plus au loin , les montagnes, avec d’un côté les Alpes magnifiques et les douces pentes faisant apparaître la naissance d’un Massif central respecté.

Mes parents ont suivi le modèle instauré par la société : un boulot, une maison, une famille. Je suis né à Romans près de Valence. Nous vivions sur Clérieux, charmant petit village niché au bord des collines et formidable terrain de jeux pour les enfants. Dans un lotissement construit à la fin des années 70, où les maisons se ressemblent toutes. Une succession de villas construites rapidement pour loger les ouvriers des usines régionales qui bientôt, allaient suivre l’évolution de la vie et mourir à petit feu pour disparaître à jamais. J’ai grandi ici. Au milieu de ces villas au début des années 80. Tout était encore possible. Chaque rêve pouvait devenir le moteur d’une vie. Une insouciance propre à un enfant de 6 ans.

Nous avions choisi ce village, loin de la ville pour la tranquillité, mais aussi pour nous donner les moyens de vivre une vie différente. Ma mère a passé son enfance en Ville sur Romans alors que mon père lui sur Asnières-sur-seine. Le rêve d’une vie simple et sereine, loin du tumulte de la vie citadine qui à l’époque était déjà un souhait pour les familles. Respectivement femme d’entretien pour les écoles et Ouvrier à l’usine, ils ont œuvré pour nous transmettre le goût de l’effort, le travail et le respect. Tout ceci semble maintenant bien illusoire.

De notre maison, il me reste le souvenir d’un petit nid douillet, construit avec peu de moyens mais qui nous protégeait. La villa n’était pas grande, 2 chambres. Mon père, bon bricoleur, avait réussi à m’aménager une chambre supplémentaire au-dessus du garage. Trop fort. A 6 ans vivre dans ce perchoir est une aventure, une chance, le départ de toute une manière de penser. Dans cette chambre mansardée j’y est passé du temps, à vivre des aventures plus dingues les unes aux autres, les attaques de pirates, des soldats déchaînés, des lectures de Bandes dessinées hallucinantes, des soirée à écouter le radio-réveil. Ma grande sœur, âgée d’un an de plus, vivait elle aussi de son côté. Il faut dire qu’à cet âge on se supporte difficilement et les relations frère sœur étaient compliquées. Toutefois on s’aimait et partageait souvent des moments dans le jardin à jouer ici et là. Nathalie était très protectrice avec moi, mais parfois c’était gonflant je vous l’accorde. Être le petit frère ça a du bon, mais on aimerai avoir davantage de liberté !!!

Notre maison est posée sur un terrain pas grand du tout. 300M2 tout au plus. Mais pour un enfant rêveur comme moi ce n’est pas grave. Un pays formidable, extraordinaire, féerique, se trouve face à moi… la forêt. Il faut savoir que sur Clérieux et particulièrement au bord du lotissement où vivait ma famille, ce terrain de jeu était, dans les années 80, le plus intéressant qu’il soit. Il devançait même la télévision. C’est dire !

A cette époque l’école était un calvaire, une obligation, voir une perte de temps pour moi. Je voulais découvrir la forêt avec toute ses particularités, ses couleurs. Parfois même ses risques et la peur, mais j’y reviendrai plus tard. Le mercredi étaient consacré à l’aventure. Combien de cabanes dans les arbres j’ai construit… je ne peux même pas le dire ! Je partais avec un sac rempli de « nourriture » (sirop de grenadine,, biscuits, pâtes de fruits et le livre des castors juniors) et j’allais vivre des aventure incroyable. Je suis conscient maintenant que ce terrain de jeux était une réelle chance pour un enfant.
Pour toute une génération. La liberté que me donnaient mes parents, je la prenais à bras le corps. Si vous saviez le nombre de fois où je n’ai pas fais mes devoirs pour aller me promener dans ce formidable parc naturel !

J’ai grandi comme cela pendant quelques années, insouciant, avec mes copains. Filles interdites ! Par ailleurs nous avions déclenché une guerre « terrible » entre filles et garçons. Armés de nos arcs rudimentaires avec comme seule et unique corde des bouts de laines pris dans le nécessaire à tricoter de maman …et nos flèches ! Nous partions attaquer les cabanes des filles. Que de bons moments !!!

Ce n’est que bien plus tard que j’ai compris que les filles pouvaient elles aussi être « fréquentables » ! De cette époque il y avait Gwen, un solide garçon très débrouillard d’un an mon aîné. Il vivait de l’autre côté du lotissement. On se voyait tous les jours. Nous avons absolument tout partagé ensemble. Toutes les bêtises aussi évidemment, mais aussi il a su être à l’écoute quand ça n’allait plus. Sa famille était un modèle pour moi. Un copain pour la vie ! Il y avait aussi Arnaud, Christophe, Franck.. une belle brochette … tous pleins de vie et prêts à en découdre à chaque aventure.
Combien de fois les pauvres fourmis ont été exterminé une à une par nos expériences. Un plat « emprunté » à la maison, de l’eau, quelques brindilles, et voilà les radeaux pour nos fourmis. Et encore quand on jouait avec la loupe du père à Gwen, au soleil, ces pauvres insectes ont eu souvent chaud à leurs fesses ! Par moment on prenait des risques insensés. Derrière la forêt se trouvait un terrain de jeu encore plus incroyable.

Aux-abords du versant Est de la colline se trouvait « la grotte de l’Ours ». Rien que ça !!!! Au cœur de la marne, une grotte, énorme, impressionnante. Au fond de cette dernière une cavité, un conduit naturel remontant au dessus de cette dernière. Tout simplement magique ! Dans ce tunnel sombre nous parcourrions à la lueur de nos lampes de poches, quelques dizaines de mètres pour ressortir au dessus de la grotte. Un trou béant et féérique nous permettait d’observer tout la vallée. De Romans jusqu’aux vielles montagnes. C’était notre sanctuaire, notre repère. Niché à flan de falaise, Gwen et moi nous étions les rois du monde…. les rois de Notre Monde.

On en a usé des pantalons à faire des glissages vertigineuses, à parcourir cette nature faite pour nous. Mais cela aurait pu tourner très mal, comme la fois ou je suis tombé au bord d’une falaise et resté accroché des heures sur le parapet du précipice. J’en ai pleuré …des larmes… encore des larmes. Je pense par ailleurs que ce fut la plus grosse frayeur qu’il me soit arrivé à cette époque. Bloqué pendant des heures à flan de falaise. Merci encore à Gwen qui a du usé d’ingéniosité pour me sortir de là ! J’aurai pu ce jour là finir ma vie. Que de risques pris quand on est petit.

La grotte de L’ours existe toujours, mais inconnu des enfants. Elle est dangereuse. J’invite tout ceux qui le souhaite à la découvrir avec prudence. C’est un trésor de Clérieux méconnu… connu des initiés, des doux rêveurs. Même les filles de la bande adverse ne sont jamais venues. Un lieu sacré. On la respecte encore. Trop souvent elle m’a servi de refuge et séchait mes jeunes larmes, quand ça n’allait plus.
Le plus dur quand on a 6-7 ans c’était de redescendre de notre forêt, de quitter notre grotte pour retrouver nos chers parents, nos devoirs, le bain, et l’école.
Une tranche de vie.

La nuit dans ma chambre extraordinaire je rêvais à toutes ces aventures, ces moments passés. L’argent pour moi était bien loin de mes considérations. Mon père travaillait beaucoup, il passait du temps en dehors de la maison et ma mère avait des horaires décalés, ce qui nous laissait, ma sœur et moi libre de faire pas mal de sottises ! Au fond de mon lit je contemplais à travers ma fenêtre les arbres au loin éclairés par la lune et se dressant de leurs cimes majestueux sous les étoiles. Des songes prêts en m’emmener encore vers de plus belles aventures. Ces moments ont été les plus beaux de ma jeune vie.

♦ hudson ♦

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