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IV – Lucie

Ce soir-là, Lucie s’était laissée entraîner par ses amis : Alain, Sonia et Cyril, Alphonse, Nelly et Patrice, et Pierre bien sûr. Elle les suivait, non pas la mort dans l’âme, mais joyeusement, d’une joie qui mêlait le réel à l’artificiel.

Le gâteau au chocolat, chef-d’œuvre d’Alphonse, commençait à influencer son humeur plus que de raison.

Sur le chemin du Cirque d’Hiver, elle sautillait (ou gambadait), le corps charmé par le souvenir du coq au vin d’Alain.

« Cher Alain ! se disait-elle. Ses yeux sont-ils beaux à ce salaud ! Il se paye même le luxe d’en avoir un d’une couleur légèrement différente à celle de l’autre, comme David Bowie. Snobinard, va ! Sa gentillesse devrait nous rendre méfiants. A-t-on le droit d’être si gentil ? Ce n’est pas normal. C’est de la provocation. Ca trouble. Je suspecte Sonia d’avoir été amoureuse de lui. Maintenant, elle tricote, l’air de rien, elle fabrique des napperons et les donne à Alain pour qu’il les vende. Elle se sert de lui, elle l’exploite, mais je suis sûre qu’elle fut amoureuse de lui, once upon a time. Et moi ? Je voyais ses yeux, j’étais saisie : des yeux violets, c’est captivant ! Mais je ne tombe pas amoureuse comme ça. Je suis peut-être trop pessimiste pour avoir un coup de foudre. Tout de suite, je soupçonne une arnaque quelque part, une trahison. Des yeux violets me feront plutôt écrire un poème que battre le cœur. Je suis une intellectuelle, moi. Une intello triste, qui joue à être gaie. Comme ce soir. Comme ce soir ?… »

Qu’avait-elle donc ? Elle avait très peu bu. Elle avait seulement mangé et parlé, parlé… Parlé d’elle bien sûr, de son avenir, du leur, des choses qui allaient changer, de la connerie de ceux qui n’étaient pas eux, d’Henry Miller, du chanteur qu’ils allaient écouter ce soir et qu’elle n’aimait pas. Elle n’aimait aucun chanteur, pas plus celui-là qu’un autre. La chanson la faisait bâiller. Que sont tous ces gus qui récupèrent les poèmes des autres, mettent deux ou trois notes dessus et prétendent ensuite être des artistes sérieux, engagés ? Engagés dans quoi ?… Ces pilleurs de tombes ! Ca ouvre la bouche, ça gueule, ça vitupère, ça sue ; quelquefois même ça prétend être « chanteur-interprète » pour mieux persuader les parents qui l’écoutent qu’ils sont intelligents et les enfants que leurs parents sont des emmerdeurs. Lucie préférait, dans un calme sécurisant, lire Prévert ou Verlaine suivant son goût ou son rythme.

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♦ Carzon Joëlle ©

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