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J’écrirai en français. Envers et contre tous. Je suis là pour ça après tout. Pour parler, écrire, respirer, soupirer, en français. J’ai fait de tels progrès déjà. Je comprends bien les petits, je comprends même « papi » qui m’honore de belles phrases d’une autre époque. Justement. C’est peut-être pour ça que je le comprends mieux que les autres, pour ces belles phrases qui me parlent comme à une vraie femme, pas une petite jeune fille de rien du tout. Papi croit que je suis quelqu’un de bien, de digne, quelqu’un qu’il faut respecter.

Car tous ces gens qui passent là, la famille, les livreurs, les invités, soit ne me regardent pas, soit ne savent pas quoi me dire. Ils restent muets face à mon absence de statut. Je ne suis pas une amie, une parente d’amis, une bonne. Je ne suis qu’une espèce de fille pas même jolie qui ne sait pas quoi dire non plus. On me croise avec embarras, on me dit bonjour du bout des lèvres, on va vite respirer un autre air que le mien et celui de petits à qui on ne sait pas quoi dire non plus. Si j’étais plus jolie, est-ce que ça serait différent ?

Les petits sont mignons. Ils parlent déjà anglais avec moi. Leur mère, Charlène, suit leurs progrès, l’air de rien. Pas un seul compliment à mon égard. Mais je suppose qu’elle est satisfaite. C’est pour ça que j’ai été embauchée. Pour que des petits bourgeois paraissent encore plus bourgeois.

Au début, je me suis demandé ce que je faisais là. Pourquoi je n’étais pas restée dans ma famille. Ils sont gentils chez moi. Je n’avais pas besoin de partir. Mon français était déjà assez bon, c’était la seule matière où je brillais à l’école. Et je n’aime pas Paris. J’aime la campagne de chez moi, le petit pont qui traverse le village, les chiens amicaux qui vous accompagnent dans les balades, tous ces villageois qui me connaissent et pour qui je suis la « little Ann » de toujours.

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♦ Carzon Joëlle ©

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