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Une petite dame assise sur un banc de pierre devant le golfe du Morbihan.

Elle pensait à ses chats. Oui, c’est beau, se disait-elle, mais Raou et Réau, que font-ils, que deviennent-ils, ma voisine reste-t-elle assez longtemps à la maison pour les câliner ? Pouvait-on faire confiance à Mme Dumont ?

Pouvait-on être bien en vacances sans Raou et Réau ? Le golfe s’ouvre à elle comme une huître sans fin, une huître qu’on mange, mange… et qu’on ne peut avaler.
Raou et Réau ne sont pas là, à quoi bon ce soleil qui brille tant qu’il n’est pas tout à fait breton ? C’était une petite dame assise sur un banc de pierre devant le golfe du Morbihan.

Un jeune homme s’approcha. Il se sentait seul. Un jeune homme, non, pas même un jeune homme. Un garçon de dix-sept ans, frigorifié par la vie. Le golfe était beau sous le soleil, mais il ne le savait pas. La vie est si dure parfois pour les petits jeunes hommes de dix-sept ans.

Mon sac à main. Où est mon sac à main ? Je l’ai bien vu, le petit rôdeur…
Et je suis toute seule dans la vie. Je suis veuve. Emilien m’a abandonnée pour le reste de la vie. C’est trop dur. Heureusement, Raou et Réau sont là. Est-ce que Mme Dumont saura les soigner ?

Sa mère l’avait blessé à mort ce matin. “Elle m’a blessé A MORT”, se disait le petit jeune homme gris. Salope, se disait-il aussi. Il aurait voulu écrire ce mot-là en gros sur le ciel breton. Pour partir, il aurait fallu de l’argent. Mais partir où ? Paris ?
Pourquoi Paris ?

Il n’était jamais allé à Paris.

Il soupira, un soupir comme un sanglot. Heureusement, il n’y avait pas grand-monde ce jour-là, juste une dame âgée sur le banc de pierre. Elle ne bougeait pas. Son dos lui fut sympathique. C’est pas cette vieille qui le gonflerait.

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♦ Carzon Joëlle ©

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