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VIII – L’officier

Dans les villages où il passa, on lui dit que « la jeune fille » était une reine, une enfant, l’incarnation même de la beauté. Il inspirait confiance. Des visages fatigués s’approchaient de lui, assez indifférents à son uniforme mais attentifs à sa gravité et à son attention. Des femmes lui parlèrent du silence réservé de la jeune fille, des hommes lui parlèrent de sa voix et de la pureté qui semblait émaner d’elle, des enfants lui dirent qu’ils auraient aimé repartir avec elle.
Dans tous les villages, les habitants l’avaient laissée repartir à contrecœur. Ils disaient qu’ils avaient tout fait pour les retenir, elle et les enfants. Lorsqu’on leur demandait pourquoi ils n’avaient pas voulu son départ, ils répondaient qu’elle était belle qu’elle ne demandait rien, qu’elle avait une voix douce et qu’elle les charmait avec cette voix. Quelqu’un, qui appartenait à l’Etat-major de l’officier, leur dit que puisqu’elle les « charmait », c’était donc qu’elle les trompait et voulait les détourner de leurs tâches quotidiennes. A la première constatation, les villageois disaient qu’ils ne savaient pas ; à la deuxième, ils n’apportaient aucun démenti.
L’officier écoutait, il écoutait beaucoup et regardait aussi ces visages qui se livraient à lui. Avant de parler de « la jeune fille », les visages étaient léthargiques, comme les visages de toutes les autres régions de ce pays. Puis, dès qu’ils avaient commencé à parler d’elle, quelque chose changeait. C’était d’abord imperceptible, puis, petit à petit, cet imperceptible prenait forme, prenait vie, et l’officier avait l’impression d’avoir devant lui de véritables personnes. Peu de sourires éclairaient ces visages, mais une lueur, une petite lueur… C’était peu, c’était énorme pour quelqu’un qui, comme l’officier, avait beaucoup voyagé à travers ce pays. Cette petite lueur, après tout, certifiait la victoire de quelques jours, quelquefois même d’un jour unique. C’était énorme.

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♦ Carzon Joëlle ©

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