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IX – Le refus

Dès son arrivée parmi eux, ce fut Lucia qu’il vit d’abord. Seule parmi les enfants, elle était debout. Elle était debout face à lui, mais, même lorsqu’il fut presque à côté d’elle, leurs regards ne se rencontrèrent pas. Les yeux de la jeune fille ne se posaient jamais sur lui et il put la contempler autant qu’il le voulut. Elle se tenait très droite, avait une main pendante et l’autre retenant en arrière une partie de ses cheveux. L’officier fut frappé, non pas par sa beauté, mais par la détermination froide que toute son attitude exprimait. Certes, elle était vraiment belle, très fine ; sa chevelure était superbe, rousse et dorée. Il lut sur ses traits un grand calme et une totale absence d’humour. L’officier eut la certitude que la jeune fille ne savait plus rire, qu’elle ne souriait pas.

Les enfants qui l’entouraient, eux, virent arriver l’officier. Ils étaient tous assis et certains se levèrent, craintifs. L’officier arrêta son cheval à quelques pas de leur groupe et, d’abord, regarda Lucia. Les enfants l’observaient, silencieux. Ils avaient très froid. Cette partie du pays leur était complètement hostile. Ils s’y sentaient ignorés et solitaires, abandonnés à la faim et à la destruction. Lucia ne les réchauffait plus, elle était comme indifférente à leur existence et inconsciente de leur présence. Peut-être l’avait-elle été toujours, mais il leur avait fallu arriver ici pour qu’ils s’en rendissent compte. Lucia était lointaine et étrangère, belle comme un objet inaccessible. En tournant enfin les yeux vers eux, l’officier vit immédiatement l’immensité de leur solitude. C’était touchant et cruel. Pour la première fois, l’officier se demanda si ses témoins ne l’avaient pas trompé, n’avaient pas trompé tous les messagers envoyés à la rencontre de l’histoire de Lucia. Cette histoire justement n’était-elle pas un mensonge fabriqué de toutes pièces, une mystification, le début d’une légende ? Les yeux de l’officier enveloppèrent à la fois le paysage et la jeune fille : le tout dégageait un froid aigu, une solitude artistique mais glacée. C’était un tableau peint par un véritable artiste, mais pas un artiste privé d’âme. L’officier frissonna et éprouva pour les enfants une immense pitié. C’étaient eux les plus trahis. Il aurait tant voulu leur exprimer ce qu’il ressentait à ce moment-là que toute la bonté humaine passa dans son regard et l’illumina. Les enfants avaient eu peur à son apparition. Quand ils virent ce regard, ils eurent immédiatement confiance en lui. L’officier descendit de cheval et alla vers eux. Les enfants étaient immobiles, le regardant approcher.

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♦ Carzon Joëlle ©

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