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Chapitre XXVII – Moi et Voisine

Quoi qu’on en dise, une femme c’est quand même mieux que n’importe quelle autre créature à deux pattes. C’est doux, ça parle sans vous agresser, ça cherche à comprendre, ça ne vous rentre pas dans le lard brutalement en tentant de vous faire chialer. Avec une femme, vous pouvez vous détendre (sans alcool), vous laisser aller, chialer si ça va vraiment mal ; la nana ne vous en tiendra pas rigueur, ne rougira pas grossièrement sous prétexte qu’on ne doit pas se lâcher. Moi, je crois dans le pouvoir de la douceur et de la sérénité.

Voisine est-elle sereine ? Hum ! Je l’ai souvent vu pleurer, il faut dire qu’elle en a vu des vertes et des pas mûres, entre les années d’enfance et les années soixante-dix, coincée entre une morale paysanne rigide (vive les mecs !) et l’obligation de se conduire en fille libre de l’après soixante-huit. Elle en a chié, je le sais, quelquefois elle m’a raconté, elle ne voulait pas mais elle l’a fait. Voisine est lumineuse comme le soleil qui ne se coucherait jamais, elle réchauffe tout le temps ; elle est nocturne aussi car sa tolérance est la tolérance des dieux. Les dieux, qui ont le droit à tout, comprennent que les humains ont des désirs qui ressemblent aux leurs. Ils rigolent en constatant que le péché est partagé. Voisine, toute douceur et compréhension, connaît tout de moi, de nous, le lumineux et le nocturne. Elle ne juge pas, jamais elle ne se permettra de penser qu’elle est digne d’accepter ou de condamner. Même si elle est un peu vieille, c’est toujours vers elle que j’accours avec mes joies et mes chagrins. Elle me reçoit cinq sur cinq, je pose ma tête sur sa poitrine et le repos vient immédiatement. Je ne serai pas moquée, ni jugée, ni condamnée. Voisine sait pour Luc et moi, elle sait que j’appelle ma mère « Aurore » parce que je n’arrive pas à l’appeler « maman », elle sait que mon Patapa est sacré ; peut-être sait-elle même que Luc et moi c’est fini, qu’à l’amour a succédé la guerre fratricide, le néant, le désespoir, le « où je vais ? La famille existe-t-elle ? » Voisine chérie, que vais-je devenir ?

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♦ Carzon Joëlle ©

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